M.-L.Nolte
: Comment définissez-vous votre rôle ?
Guy Grandgirard : Nous avons
un rôle de régulateur. Nous travaillons
au respect des parties en présence : consommateurs et vendeurs.
Lorsqu’il y a litige, nous veillons avant tout au maintien
d’un rapport
courtois entre les deux parties. Lorsqu’il y a non respect
de l’une
ou l’autre des parties, notre rôle est de les remettre
chacune
à leur place. "un
rapport courtois ou discourtois avec son banquier !"
M.-L.Nolte : Qu’est-ce
qu’un rapport courtois entre vendeur et consommateur ?
Guy Grandgirard : Selon le
Petit Robert, un rapport courtois est un rapport raffiné...
Ici, le raffinement consiste en ce que les deux parties, consommateurs
et vendeurs, soient absolument égales face au contrat
de vente qui les lie, et par extension à la loi. A notre
charge de faire en sorte que le vendeur n’occulte pas le contrat,
ou l’un de ses aspects,
en cas de litige. A notre charge d’éduquer le consommateur
afin
qu’il sache à quoi il s’engage lorsqu’il
fait un achat.
M.-L.Nolte : Pourriez-vous
illustrer ce propos par un exemple concret ?
Guy Grandgirard : Bien sûr
! Je vais vous donner un exemple que tout
le monde comprendra : l’exemple d’une relation courtoise
ou discourtoise avec son banquier. En cas de litige avec votre banque,
la meilleure façon
de procéder, afin que la relation soit courtoise, c’est
de demander la copie de la convention bancaire qui était
en vigueur à l’ouverture du compte.
Avec votre demande, n’oubliez-pas de préciser que si
le banquier, par distraction, ne la retrouvait pas, vous seriez
en droit de demander
à votre banque le remboursement des frais occasionnés
par le litige !
M.-L.Nolte : C’est
un peu dur ! Ne pensez-vous pas que c’est installer,
a priori, un rapport de force avec ce pauvre banquier ?
Guy Grandgirard : Pauvre banquier
! Pas du tout ! Riche banquier !... devriez-vous dire. Car en l’occurrence,
vous êtes le ou la cliente de
votre banque. Et lorsqu’il y a litige, il est normal que vous,
cliente,
ayez les mêmes données contractuelles que votre vendeur,
la banque.
"On
sort ses armes ; on les pose sur la table ; et après on cause..."
M.-L.Nolte : Ne craignez-vous
pas de pousser à une autre consommation, 
celle du juridique ?
Guy Grandgirard : Nous y venons
obligatoirement ! Notre société est
de plus en plus complexe. Tout est de plus en plus réglementé.
Indéniablement, on constate une évolution des contrats,
et de la société, vers le tout juridique. Il est difficile
d’y échapper! Depuis dix, douze ans, nous remarquons
que notre société change à une vitesse vertigineuse...
Par conséquent, Il y a obligation d’utiliser le texte
légal si l’on veut être dans son droit.
M.-L.Nolte : Comme aux
états-Unis...
Guy Grandgirard : Exactement
! Nous allons vers une société de droit américain.
Dès qu’il y a faute, il y a procès ! Il y a
dix ans, le droit commercial supportait encore l’idée
de souplesse, sous entendant
qu’il était possible de discuter, trouver des arrangements
amiables. Actuellement, le droit se réduit à un code
de juridiction.
Par conséquent, pour arriver à une approche amiable
d’une question litigieuse, il faut premièrement sortir
ses armes (le contrat et ce qui
a fait jurisprudence), deuxièmement les poser sur la table
(constater
que l’intégralité des contrats sont connus de
part et d’autre) et, troisièmement seulement après,
causer (l’approche amiable) !
”Un observatoire, un laboratoire d’analyses et un cabinet
d’anticipation”
M.-L.Nolte : Ainsi, l’anticipation
serait-elle la solution ?
Guy Grandgirard : C’est
exactement ce que nous essayons de faire comprendre à nos
adhérents. Dans notre Association, pour une période
donnée, nous intervenons souvent à propos du même
type de litiges.
Ces litiges sont autant de symptômes qui relatent le dysfonctionnement
d’un système. Dans ce sens, on peut dire que notre
Association est
un observatoire idéal... car lorsque les histoires se répètent,
que les symptômes sont récurrents, il nous est permis
d’analyser, de tirer les lois
et des leçons ; ensuite, il nous faut trouver des solutions
pour nos adhérents... A force, nous essayons d’anticiper
!
"Concernant
l’Euro, deux étapes majeures restent à venir
!"
M.-L.Nolte : A propos
du passage à l’euro, aviez-vous pu anticiper ? 
Qu’aviez-vous vu ?
Guy Grandgirard : Le passage
à l’Euro n’est rien ! Le plus difficile reste
à venir ! Nous aurons deux étapes difficiles. La première
se situe en mai, juin. Nous assisterons à la disparition
complète du double affichage
des prix. Les consommateurs n’auront plus aucun repère
concret.
Il ne leur restera que la mémoire. La mémoire ne suffira
pas à éviter la confusion ! Beaucoup de consommateurs
vont se tromper..., faire des erreurs d’évaluation.
Pour limiter ces phénomènes, nous conseillons
autant que possible de ne pas traduire les prix en francs. Le mieux
serait d’intégrer directement les prix en euros. Par
exemple, je sais que tant
que mon kilo d’oranges ne dépasse pas 2 euros, le prix
est raisonnable !
La sagesse voudrait que l’on opère ainsi pour tous
les produits de consommation courante. Certes, cela demande un effort
mental mais
c’est un moindre mal.
M.-L.Nolte : Vous conseillez
de procéder par comparaison... 
Avant, mes choux de Bruxelles valaient entre 8 et 12 F le kilo ;
à présent,
ils devraient coûter 1,50€ environ... mais en tout cas
jamais plus de 2€ ...
Guy Grandgirard : C’est
cela ! Car tant qu’il s’agit de quelques articles
au fond d’un panier, il n’est pas insurmontable d’évaluer
les écarts
de prix. En revanche, je vous laisse imaginer ce que cela représentera
lorsque vous passerez au caddy de supermarché. L’opération
sera
infiniment plus complexe ! Actuellement, les prix des grandes surfaces
ne bougent pas... La grande distribution s’est engagée,
auprès de Bercy,
à maintenir ses prix jusqu’au premier avril. Mais il
ne s’agit là que d’un engagement moral ! Gageons
que si les fournisseurs augmentent
leurs prix, les grandes surfaces dont le bénéfice
ne représente
qu’une faible marge, se verront contraintes d’augmenter
les leurs, engagement moral ou pas ! Ce qui, pour les consommateurs,
risque d’apparaître comme une bien mauvaise farce...
M.-L.Nolte : Mais alors,
quelle est la solution ?
Guy Grandgirard : Ne pas changer
ses habitudes de consommation ;
ne pas faire l’impasse du petit exercice mental de comparaisons
des prix (avant le passage à l’euro... et les prix
affichés en euro).
Car je le répète, les vrais problèmes proviendront
premièrement d’une
perte de repères... lorsque le double affichage aura disparu
; deuxièmement d’une augmentation éventuelle
des prix
dans la grande distribution.
"La
disparition des centimes d’euro..."
M.-L.Nolte : Le printemps
s’annonce studieux et peu propice à la fantaisie...

En revanche, nous voilà avertis !
Guy Grandgirard : Et ce n’est
pas tout ! Une autre question reste en
suspend : la question des centimes d’euro. Tant que nous les
écrivons
sur des chèques... aucun problème ! Mais lorsqu’il
s’agit de les
accumuler dans notre porte-monnaie... Beaucoup déjà
se plaignent
du poids de la menue monnaie, d’autres de la lenteur du rendu-monnaie.
Bref, toute cette monnaie n’est pas dans nos habitudes, contrairement
à nos voisins allemands habitués à des paiements
liquides quotidiens. Selon toute vraisemblance, la France verra
bientôt disparaître ses petites pièces de cuivre
rose (1 et 2 centimes d’euro). Mais alors,... attention
aux prix ! Car si les prix sont arrondis aux cinq centimes supérieurs,
le prix global du caddy risque de faire le grand écart...
"Fin
2002, début 2003..."
M.-L.Nolte : Alors...
globalement, aucun message d’espoir ? 
Guy Grandgirard : Mais si,
bien sûr ! Vers la fin de l’année 2002,
nous aurons acquis l’habitude de l’euro. Nous aurons
ajusté nos
habitudes mentales à la nouvelle monnaie ! Cependant, c’est
à ce
moment là qu’il faudra être vigilant, surtout
lors de la signature des contrats. Tout ce que vous pourrez signer
comme engagements à moyen
et long terme devrait faire l’objet d’une mûre
réflexion. Début 2003,
quand tout le monde aura perdu l’habitude du franc, et qu’il
n’y aura
plus que des euros dans vos contrats, il sera bon de revenir aux
francs
afin de peser la valeur de vos engagements. Je pense notamment aux
engagements financiers à long terme telle l’assurance
vie,
les conventions bancaires, etc..
M.-L.Nolte : Merci, Guy
Grandgirard d’ici fin 2002, nous ne manquerons 
pas de revenir vers vous... Nous irons régulièrement
visiter votre site internet
qui fourmille de conseils, l’ANTIP.A.C.*, rubrique mensuelle
qui relate
des anecdotes de consommateurs incroyables mais vraies !
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